La liberté de la femme, La française ne se voile pas la face – Bonnes feuilles du « Petit manuel des valeurs et repères de la France »

Le « Petit manuel des valeurs et repères de la France » est un livre écrit par Dimitri Casali et Jean-François Chemain aux Editions du Rocher. D’une longueur de 160 pages, le livre est disponible à la vente depuis le 4 octobre 2017.

Veuillez retrouver ci-dessous un extrait du livre, portant sur La liberté de la femme – La française ne se voile pas la face. « L’avenir de l’homme est la femme » – Louis Aragon

« L’Angleterre, disait Michelet, est un Empire, l’Allemagne est une race et la France est une personne ». Et donc forcément, comme son nom l’indique, une femme. Qui est cette femme, ou qui l’incarne ?

La France est une femme libre

C’est, tout d’abord, sous les traits d’une femme que la République se représente, même si elle ne l’appelle pas France (alors que son homologue allemande se nommait Germaine), mais Marianne. On connaît mal son origine, les anecdotes divergeant à ce sujet. Le bourg de Puylaurens, dans le Tarn, s’en attribue la paternité, on espère que cela lui amène quelques touristes, même si ses raisons ne nous paraissent pas très convaincantes. Marianne serait, nous dit-on aussi, la contraction de deux prénoms alors courants dans les milieux populaires (paysannerie et domesticité), Marie et Anne. Toujours pas très probant, au vu du nombre de grandes dames ayant porté ces prénoms, à commencer par la reine Marie-Antoinette elle-même. Non, bien plus qu’une réalité, Marianne, comme beaucoup de ce qui tient à la République, est une construction intellectuelle, une « allégorie », c’est-à-dire une image permettant de représenter une idée abstraite.

Elle symbolise la République, pas la France. L’historien Maurice Agulhon a souligné le rôle unificateur de la Nation de la diffusion de son image dans les bâtiments publics, sur les pièces de monnaie et les timbres. Une République libérée de l’esclavage, comme l’illustre le bonnet phrygien qu’elle arbore, tels à Rome les esclaves libérés. Une République, puisque ce bonnet fut aussi celui des sans-culottes, qui assume son passé révolutionnaire le plus radical, et qui ayant rejeté les chaînes des rois s’est, à corps perdu, jetée dans celles du contrat social – lui-aussi une idée bien abstraite. Car elle est bonne fille, Marianne, qu’on représente souvent les seins nus en signe de générosité nourricière : une « Alma Mater de la conscience civique », peut-on lire à son sujet sur le net. C’est dans cette tenue qu’Eugène Delacroix l’a représentée, en 1830, menant le peuple de Paris au combat sur les barricades, un drapeau tricolore à la main. Elle est en effet aussi volontiers guerrière, cuirassée et accompagnée d’un lion. Mais bon, la République, et ses allégories, et ses idées, résument-elles la France ? D’autres modèles se proposent.

La française libre dès le Moyen Age

Comme l’historienne Régine Pernoud, l’a démontré (La Femme au temps des cathédrales), le Moyen-Âge était une période bénie pour les femmes. Courtisées, adulées, vénérées comme images de la Vierge Marie, elles y avaient autant de droits que les hommes. C’est à partir de la « Renaissance » -qui porte mal son nom- que celles-ci ont commencé à voir leur pouvoir décliner à mesure que grandissait la société bourgeoise.

L’idée, que développe Régine Pernoud est que c’est le christianisme qui a libéré la femme et lui a donné un statut d’égale de l’homme, alors qu’auparavant elle n’était, notamment sous l’Antiquité, considérée que comme un objet. « C’est un événement décisif qui se produit dans le destin des femmes avec la prédication de l’Évangile. Les paroles du Christ, prêchées par les apôtres à Rome et dans les différentes parties de l’Église, ne comportaient pour la femme aucune mesure de « protection », mais énonçaient de la façon la plus simple et la plus bouleversante l’égalité foncière entre l’homme et la femme», écrit Pernoud.
Sans les secours de la loi sur la parité d’aujourd’hui, les héroïnes piliers de la société médiévale sont innombrables : Clotilde, qui convertit son mari Clovis et la France au christianisme, Hildegarde de Bingen, femme de lettres et de sciences qui découvrit la gravité, des siècles avant Newton, ou encore Jeanne, la Pucelle, la femme la plus connue du monde, qui fit plier le veule et changeant Charles VII, et bouta les Anglais hors de France.

Jeanne d’Arc première française libre

Dès 1429 Jeanne d’Arc a démontré que les femmes n’étaient pas inférieures aux hommes, comme c’est le cas encore aujourd’hui dans d’innombrables pays…Guerrière comme son double, mais elle bien réelle, Jeanne d’Arc fait concurrence à Marianne dans l’imaginaire national. L’historien Yann Rigolet, spécialiste de cette rivalité, se demande si on ne peut pas « considérer Marianne et Jeanne d’Arc comme sœurs, comme les deux faces de la même pièce  »France » ». Et de donner ce titre à l’un de ses livres, consacré à la sainte patronne de la France, icône de la droite providentialiste : L’homme providentiel est-il une femme ?

Couv Petit Manuel des Valeurs et repères de la France. La liberté de la femme, La française ne se voile pas la face
La couverture de « Petit manuel des valeurs et repères de la France » par D.Casali et J-F Chemain

Humble bergère, Jeanne a toutefois su séduire aussi à gauche, ce qui pousse les mauvais esprits de Marianne – le journal – à écrire que « Macron se voit en Jeanne d’Arc du XXIe siècle ». Qu’est-ce que Jeanne apporte de plus que Marianne, outre qu’elle a existé, et qu’elle représente la patrie plutôt que son régime politique du moment ? Charles Péguy l’a résumé par la vertu d’espérance qui, comme Jeanne, « est une petite fille de rien du tout », l’humble étincelle au plus noir du tunnel qui nous fait tout-à-coup savoir qu’on va soudain en sortir. Il y a moins de triomphalisme chez Jeanne que chez Marianne, plus de souffrance et plus d’espérance (et aussi plus de foi et d’amour). L’une est pour les temps de gloire, l’autre pour ceux d’épreuve.

Canonisée en 1920, Jeanne s’inscrit dans la longue lignée de ces saintes qui ont fait la France, de Geneviève qui galvanisa la résistance des parisiens face à la menace des Huns (451) à la petite Thérèse, patronne des Missions (les 2/3 des missionnaires catholiques ont été français), en passant par Clothilde, qui poussa son époux Clovis à demander un baptême considéré par le général De Gaulle comme l’acte fondateur de notre pays, et Blanche de Castille, mère de saint Louis. Mais la France connut bien d’autres ferveurs féminines que celles portées à l’Église, dont nombre d’ouvrages récents (Les femmes qui ont fait la France, Ces femmes qui ont fait la France, Ces femmes qui ont réveillé la France, 100 femmes qui ont fait l’Histoire de France…) égrènent la litanie de circonstance.

L’époque est donc à la femme en général, et à la femme française en particulier ! Celle-ci fait, dans le monde entier, l’objet d’une admiration mythique. Analysant les médias américains, Le Figaro Madame (12 août 2013) notait ainsi : « On y apprend […] que la femme française est belle au naturel, qu’elle a un sens du style inné, qu’elle a ce je-ne-sais-quoi qui la rend irrésistible, qu’elle mène les hommes et ses enfants à la baguette. Mais ce n’est pas tout : elle est fatale, mystérieuse, nonchalante, subtile, sûre d’elle, drôle, charismatique…». Y a-t-il femme plus aimable que la femme française ?

Et elle fut aimée. L’amour courtois est né en France au XIIIe siècle et célébra celle « qui tant a de prix / Et tant est digne d’être aimée / Qu’elle doit Rose être nommée » (Le Roman de la Rose). Et c’est certainement du côté des origines du christianisme qu’il faut chercher les sources de l’admiration qui lui est alors portée – ce siècle est celui où saint Bernard promeut l’appellation de « Notre Dame » à l’adresse de Marie. A la fin du Moyen Âge, la femme, est en chrétienté largement l’égale de l’homme.

Une liberté chèrement acquise

Mais le retour, avec la Renaissance, du droit romain efface les acquis médiévaux et replonge la femme dans une minorité dont elle mettra des siècles à s’émanciper. Notre chère Révolution elle-même fut marquée par une misogynie sordide dont témoigne l’enthousiasme du procureur révolutionnaire Pierre Gaspard Chaumette à propos de l’exécution de « cette virago, la femme-homme, l’impudente Olympe de Gouges qui la première institua des sociétés de femmes, abandonna les soins du ménage, voulut politiquer et commit des crimes […]. Vous sentirez que vous serez vraiment intéressantes et dignes d’estime lorsque vous serez ce que la nature a voulu que vous fussiez. Nous voulons que les femmes soient respectées, c’est pourquoi nous les forcerons à se respecter elles-mêmes ». Cet argument en rappelle d’autres, plus contemporains, dans certains quartiers de France…

Le Code Napoléon va ancrer la femme française dans son statut d’infériorité juridique. Il faudra attendre 1944 pour que les femmes françaises acquièrent enfin le droit de vote, tant on craignait qu’elles ne se montrassent plus cléricales que leurs conjoints (cela faisait longtemps que l’Église le réclamait pour elles !). En 1965 seulement elles obtiennent le droit d’ouvrir un compte en banque. Quant à la notion de « chef de famille », elle a attendu 1970 pour disparaître de notre droit…

Les victoires se sont heureusement multipliées, jusqu’à susciter l’inquiétude de certaines : l’universitaire Aurélie Dudézert s’interrogeait ainsi dans les colonnes de Libération : « Lorsqu’on me sollicite pour faire une action au travail ou pour me valoriser, je ne peux que m’interroger : est-ce parce que je suis moi ou parce que je suis du genre féminin ? Ceci d’autant plus que comme il y aurait peu de femmes dans mon monde professionnel, on me sollicite beaucoup en me disant que c’est justement parce que je suis une femme et qu’il faut la parité ».
Il est vrai qu’à la télévision aux heures de grande écoute, le juge est une femme, le gendarme est une femme, le chef est une femme, et tous les hommes ne sont plus présentés que comme des velléitaires lâches et dragueurs fuyant leurs responsabilités entre deux crises d’autoritarisme qui les rendent encore plus pitoyables.

C’est à juste titre que nombre de nos concitoyennes s’alarment de la montée en puissance d’un discours légitimant pour elles le retour à un statut d’infériorité, comme celui entendu de la bouche d’une élève de classe préparatoire (Math Sup, donc future ingénieure) : « la soumission de la femme, c’est la gloire de l’islam ». A-t-on encore le droit de le dire sans être accusé d’islamophobie rampante ? Une femme politique musulmane a déclenché un tollé en invitant ses coreligionnaires à préférer le bonnet phrygien au voile, l’une d’elles lui répondant sur les réseaux sociaux qu’elle ne voulait pas ressembler à un schtroumpf. Pauvre Marianne !
Et puis comme nous avons oser l’affirmer, la femme française… est une femme. A-t-on encore le droit de le dire comme cela, sans être taxé d’on ne sait quelle autre phobie ? Mais qu’a-t-on a encore le droit de dire, en fait, dans ce pays sans se faire traiter de tous les noms d’oiseaux ?

Étiqueté , , , , , ,